Les oeufs de Pâques, par Annick Walachniewicz

Lundi soir, fin d’un week-end pascal assez solitaire. Il y a dans le tiroir de ma table de salon, deux petits œufs de bois peints que je découvre avec surprise. Je les avais oubliés là, complètement oubliés. Ces œufs me viennent de ma mère, ces petites choses qu’elle aimait et gardait et que je garde à mon tour. Dans cette pirouette de la trouvaille, le souvenir de ma mère me gifle et me laisse ses dix doigts secs sur mes joues cuisantes. Je pleure à gros bouillons comme je n’ai pas encore pleuré depuis qu’elle est décédée.
Quelques jours après sa mort, elle m’a rendu visite. Je tressais sa racine de vie, tout à mes nœuds et souvenirs, j’ai été prise d’un grand sourire, irrépressible. A cet instant je savais qu’elle était là, m’englobant, m’entourant de tout son être ou son âme ou esprit, je ne sais ce qu’il faut dire. Elle était tout simplement là pour me saluer, me dire au revoir, me réconforter et sa venue est une des plus belles et heureuses choses qui me soient arrivées.
Mais ce jour pascal, c’est autre chose, je me souviens de ce qu’elle était, de ce goût qu’elle m’a transmis, de ce patrimoine commun de sensibilité, de respect de la nature. Ce que mes larmes me disent, c’est combien nous partageons une sensibilité commune et qu’avec sa mort une partie de moi s’en est allée. Peut-être est-ce là que réside la douleur et la prise de conscience de la perte vraie, celle d’une mère qui nous a conçus et portés et qui en mourant emporte un peu de ses enfants.
Deux autres œufs ont fait leur apparition aujourd’hui, du même tiroir, qui est sorti brusquement de ses rails pour atterrir au sol répandant tout son contenu, effrayant les chats et faisant rouler deux petits œufs sombres, ceux-là, sur le plancher. Etait-ce ta manière de te manifester maman ? J’ai du mal à le croire. Toi que j’imagine loin, en voyage de décès, en expédition au pays des âmes qui patientent et accueillent les nouvelles arrivantes. Pourtant le mouvement qui a projeté le tiroir au sol est plutôt inhabituel, on peut dire que ça n’arrive jamais. Alors ces œufs voulaient se montrer, voulaient rejoindre les deux autres sur ma table de nuit.
J’ai rassemblé les œufs, je crois qu’ils voulaient être ensemble.

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