La boîte à chaussures, par Marie Causse

C’est une boîte à chaussures qui, comme beaucoup de boîtes à chaussures, n’en contient pas. Cette boîte est pleine de lettres.
Je me suis toujours intéressée à l’histoire de mon arrière-grand-père, mort en déportation en 1944 pour avoir caché des armes dans un cabanon lui appartenant. Depuis mon enfance, son histoire me fascine et m’effraie. Il y a un peu plus d’un an, j’ai entrepris des recherches sur les circonstances de son arrestation, en grande partie pour apporter des réponses à ma grand-mère, qui se demandait encore, soixante-dix ans après, ce qui s’était passé exactement avant ce jour de février 1944 où la Gestapo avait frappé à sa porte et a emporté son père, qui n’est jamais revenu de Mauthausen. J’ai commencé à en parler dans ma famille, et c’est arrivé aux oreilles d’une cousine de ma mère qui vit à présent dans la maison où cette arrestation a eu lieu. Elle m’a alors fait un cadeau d’une valeur inestimable : elle avait retrouvé en faisant des travaux cette boîte à chaussures pleine de lettres jaunies, correspondance reçue par mon grand-oncle entre 1936 et les années 1950. Frère de ma grand-mère et fils du déporté, résistant lui aussi, il n’était pas à la maison le jour où la Gestapo s’y était présentée ; il avait donc pu prendre le maquis et sauver sa peau. Cette correspondance m’a aidée dans mes recherches, mais elle m’a surtout permis de connaître mieux cet homme qui est mort quand j’étais enfant et dont je ne garde que le souvenir d’un gentil vieux monsieur en bleu de travail, qui n’était pas avare en bonbons. Il y avait là des lettres de copains, de camarades de lutte, dont celui qui n’était alors que son ami mais deviendrait ensuite mon grand-père ; il y avait aussi des lettres d’amour. J’ai passé la nuit à parcourir cette correspondance intime, me demandant un peu de quel droit je me permettais de le faire, mais incapable de résister à l’envie de découvrir quelque chose. Je suis allée trouver ma grand-mère le lendemain, et je lui ai apporté les lettres que feu son mari, que je regrette tant de n’avoir pas connu, écrivait d’Allemagne quand il n’était pas encore question de mariage entre eux. J’ai eu la joie de voir ses yeux briller à leur lecture : ces lettres étaient si drôles, c’était bien lui. J’ai scanné ces lettres que j’ai envoyées à mon cousin, je les ai montrées à ma mère, à mes oncles. C’était un tel bonheur de transmettre cela, de pouvoir leur offrir à mon tour ces lettres qui m’avaient tant touchée. Et je sais que n’ai pas fini de les transmettre.

Publicités

8 réflexions sur “La boîte à chaussures, par Marie Causse

  1. Dans chaque grenier il y a un peu de notre histoire. Merci de nous avoir fait partager celle ci, tellement émouvante. Un de nos voisins nous a donné une boite remplie de courriers anciens. Cette boite était dans le grenier d’un ami et il était prêt à la jeter. Notre voisin a pris cette boite en expliquant qu’il connaissait quelqu’un que cela interesserait…. dans cette boite, des courriers datant de 1912 à 1950, des lettres qui racontent les tranchées de 14 et la famine à Paris en 1942. Nous ne connaissons ni les expéditeurs, ni les destinataires de ces lettres ; mais en lisant l’écriture fine et serrée de cette femme qui remercie en janvier 42 son cousin pour l’envoi d’un colis de nourriture et surtout pour l’envoi des pommes dont elle avait perdu le goût, notre coeur se serre. Merci de votre partage, merci de l’émotion et de l’humanité de votre message

  2. Surtout, ne jetez jamais ces textes intimes. Il existe un lieu pour eux : la Grenette, dans l’Ain, à Ambérieu en Bugey. L’Association Pour l’Autobiographie a été créée par Philippe Lejeune, on peut même y déposer dans « l’armoire aux secrets », ou conserver les originaux, chez soi, et n’expédier que des photocopies, si possible commentées. Voilà qui est précieux ! Si vous souhaitez en savoir plus, lisez le « Garde-Mémoire », qui résume et rassemble l’ensemble de ces précieux documents, d’écriture ordinaire…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s