La lampe-tempête, par Henri Clano

C’était dans les années 30. Notre maison, dans un bourg du bocage normand était comme la plupart des fermes de la commune, dépourvue  de tout confort. L’eau, il fallait aller la chercher dans la cour de l’Ecole, le bois, pour les cheminées, il était dehors, loin sous un hangar, les « cabinets », au fond du jardin, et l’éclairage public évidemment n’existait pas. J’ai grandi dans cette atmosphère, en communion avec la nuit, avec ses mystères, les peurs aussi qui surgissaient à chaque instant  et qu’il fallait bien vaincre. Je dois à la lumière vacillante de cette modeste lampe d’avoir apprivoisé la nuit, plus encore : de l’avoir aimée, et de l’aimer encore, en tous lieux. Et je dois à mon père de me l’ avoir donnée pour, disait-il, « apprendre à vivre seul, comme un grand, dans la nature ».

Grâce à cette lampe, je me suis trés tôt aventuré bien au delà de la maison familiale. C’est bien elle par exemple qui m’a permis de  partir le soir, jusqu’à l’extrémité du bourg, au presbytère où le curé m’attendait pour me donner mes premières leçons de latin et d’ affronter au retour les fantômes  redoutés du cimetière qu’il me fallait traverser, en déclinant avec assurance « rosa, rosa,  rosam jusqu’au rosarum, rosis, rosis » qui marquaient mon arrivée à la barrière de la délivrance.

Sacrée lampe, toujours présente dans mon bureaui, à portée de ma main, toujours disponible, pour le cas où……

Henri CLANO

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