Le hochet de buis, par Claire Ubac

Quand mon père a acheté une maison dans la Drôme pour sa retraite, il s’est procuré un tour à bois.

Alentour poussaient des buissons de buis. Mon père en a coupé des morceaux et s’est mis à fabriquer de petits objets : œufs, salières, boîtes à couvercles, poupées gigognes, jouets pour ses petits-enfants.

Ce hochet est l’un des mieux finis.

Agité, il produit un bruit mat, plein et lisse, semblable au grain satiné du bois. J’aime faire tourner les anneaux avec le pouce ; je renverse le hochet et apprécie leur cliquètement quand ils retombent les uns sur les autres.

Il émane du buis, essence très dure, une infinie tendresse.

 

Cet été je suis revenue dans l’atelier où il a été tourné. La clef est toujours cachée au même endroit, sur le rebord du muret au-dessus de la porte.

Les outils du bricoleur rangés sans trop de soin rouillent, couverts de toiles d’araignée. La sciure est restée telle quelle, amoncellée sous le tour à bois.

En juillet dernier mon père a intégré un EHPAD, où il est cantonné au cantou, l’espace sécurisé pour les résidents qui perdent la boule.

 

Sa main dans la mienne, au mois d’août, communiquait à ma peau une douceur de buis.

 

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