Le métronome, par Véronique D.

Mes parents, désireux de me donner une éducation musicale, m’inscrivirent dès six ans à un cours de piano. Même si je m’appliquais, mon professeur, une vieille dame bougon, ne semblait jamais satisfaite de mes tentatives maladroites. Aussi ces cours ne m’amusaient pas beaucoup. Sur le vieux piano légèrement désaccordé de mes parents, trônait un métronome. Cet appareil en forme de pyramide, muni d’un balancier et d’un contrepoids mobile, était censé m’apprendre à respecter les temps. Mon professeur exigeait que je m’en serve tous les jours. Obéissante, je le mettais en route, à une vitesse pas trop rapide quand même, et tâchais de le suivre. Au début, tout se passait très bien. Malheureusement, arrivait toujours le moment où, hésitant sur une note, je me faisais distancer. Alors que je m’essoufflais à le rattraper, le métronome continuait sa course sans m’attendre. Son tac tac tac semblait se moquer de moi, me narguant de sa supériorité mécanique. Vaincue, j’arrêtais de jouer. Le mouvement régulier, quasi hypnotique, de l’appareil me fascinait. J’aimais surtout en varier la vitesse. Quand je faisais glisser le contrepoids vers le haut, le temps  semblait s’étirer très lentement. A le suivre, je sentais mes paupières s’alourdir et une envie de bâiller monter. Je déplaçais  alors le contrepoids tout en bas. Le tempo devenait si rapide que je sentais les battements de mon cœur s’accélérer, un rire nerveux me gagner. Fatiguée de suivre les mouvements frénétiques du balancier, je le refermais et exécutais mes exercices sans lui. Bien sûr, au cours suivant, je me faisais disputer par mon professeur.

Lorsque j’ai arrêté le piano, le métronome, devenu inutile, a été remisé dans un coin sombre du grenier. Je l’ai oublié.

Bien plus tard, alors que je m’étais remise à la musique, je l’ai redécouvert, par hasard, en rangeant le grenier. Je l’ai ressorti, dépoussiéré, ouvert. Son bruit familier m’a fait sourire. Je l’ai remis à sa place, sur le piano.

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3 réflexions sur “Le métronome, par Véronique D.

  1. En vous lisant, je vois défiler ma propre histoire au fil de vos lignes. Merci beaucoup de ce souvenir que nous avons en commun ! Le mien est resté sur le piano droit qui ne sait plus chanter juste faute d’accordeur, et de répétitions…

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