Le bidon de bois, par Daniel Bouzou

Village vacances de Latouille-Lentillac, entre Sousceyrac et Saint-Céré, dans le Lot, fin des années 80. Le camping est situé en bordure de la Bave dont le ruissellement continu nous berce pendants nos nuits. Les activités proposées sont diverses et l’une d’entre elles nous a vite séduits par son originalité et la personnalité de son animateur : la sculpture sur bois ! Le nom de cet artiste était Louis de Verdal. Son parcours était atypique bien que cohérent dans sa démarche. Ancien forestier, sa connaissance et son amour pour le bois s’étaient petit à petit métamorphosés en un désir de création artistique de cette matière.
Lors de notre rencontre, sa reconversion était relativement récente mais la visite de son atelier, niché dans la montagne surplombant notre camping, nous réserva de magnifiques découvertes. Ses tout débuts de sculpteur étaient consacrés à la reproduction hyperréaliste d’objets de récupération : vieilles chaussures écornées à la semelle bâillante, vieux bidons d’huile cabossés, têtes de gueules cassées, boîtes de conserve, divers objets issus de décharges ou de déchetteries. La particularité de ces sculptures était d’être étonnamment fidèles à leurs modèles, calquant au millimètre le moindre défaut, la plus petite éraflure ou pliure du cuir ou du métal, transposés sur le bois brut.
L’aboutissement de l’art de notre sculpteur, au moins dans sa première époque, fut de reproduire, en taille réelle, une moto, puis une vieille voiture dont les différentes pièces étaient faites d’essences d’arbres différents !

A la fin de nos vacances, après avoir tenté de jouer aux apprentis sculpteurs, nous ne pouvions pas repartir sans apporter, dans nos bagages, un souvenir de l’artiste. Nos finances étant modestes à cette époque, nous avons choisi une pièce à notre portée mais correspondant cependant à nos envies. Ce bidon d’huile bosselé, plié, comme issu du fond d’une poubelle d’un garage, était taillé dans la masse du bois, ses veines semblables à un plissement hercynien accentuant le réalisme de la décrépitude de l’objet. Sa prise en main était pesante et la première réaction était instinctivement d’essayer de dévisser le bouchon tant la sensation de précision du détail était apparente.

Cette œuvre d’art trône, depuis ce temps, sur le haut de notre bibliothèque et nous la redescendons, de temps à autre, pour surprendre nos relations et amis.

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