Le nounours rouge, par Monique Bouzou

Je suis une enfant de la radio, née avec des souvenirs d’écoute : « Ça va bouillir » , « Signé Furax » , « Sur le banc » , « Le radio crochet de Zappy Max».

Je suis une fille de la télé, très tôt dans mon enfance, fille de ces objets de distractions qui à l’époque étaient tout en rondeur, devenus anguleux depuis, ces fenêtres sur le monde.

Puis je devins la femme de cette révolution de hautes technologies, mes premiers ordinateurs laborieux, un peu tristes mais si utiles, devenus indispensables sur les lieux de travail et qui furent vite transformés en impérieux besoins de loisirs et de communication dont les réseaux sociaux sont les échos incontournables, sur lesquels j’investis certainement un peu trop de mon temps.

Il est aussi un objet dont nous sommes tant à ne plus pouvoir se passer, avec lequel on peut s’endormir, sur lequel on se jette dès le réveil, pour voir si le monde ne nous oublie pas. J’y suis accro, au grand dam de mon époux, et je ne pouvais passer sous silence celui que je transporte depuis  quinze ans déjà tel un « doudou d’adulte » ,  mon Smartphone.

Puis il y a cet autre « doudou », ce simple objet transitionnel, le vrai, l’ancien. Celui qui a dû accompagner mes pleurs, sauver mes angoisses, me redonner le sourire. Je l’ai retrouvé, il y a peu, dans un sac plastique (sacrilège!) bien enfoui au fond d’une étagère, étonnamment préservé. Il mesure environ trente centimètres, tout en rondeur, pas très doux, voire râpeux, usé, lourd aussi, bourré de paille sans doute ; ses deux perles d’yeux, son adorable museau, son imperceptible couinement, sa tenue de laine rouge tricotée par ma mémé ou ma maman, enfin j’imagine … m’ont soudain sauté à l’âme. Le terme  « petite enfance »  est bien associé à ces objets perdus qui furent ceux de notre première vie. La mienne est bien cachée dans une bulle d’amour, entourée, protégée.

 Il aura soixante-huit ans, ce nounours, à la fin de ce mois d’octobre, je ne saurai jamais qui l’a mis dans mon berceau, mes chers grands parents, ma maman, le père Noël, ou un père simplement.

Ce que je sais, c’est qu’il est chargé d’amour, recouvert des marques de tous ceux que j’ai aimés, qui l’auront touché, et que jamais tous les autres objets « animés » qui m’accompagnent au quotidien, n’auront l’Âme de cet objet inanimé. Ses petits yeux de verre me font encore pleurer … certainement la perte d’un temps effacé qu’on ne peut retrouver.

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