La carte postale du portrait de Rimbaud, par Frédérique Alfassa

L’original de ce texte (cette phrase exceptée !) a été écrit le vendredi 28 novembre 2014 à bord d’un train régional Charleville-Reims. Support : une page des vacances de Noël de mon agenda Ben.

« Heureuse enfin de prendre le temps de présenter à ce musée virtuel un objet auquel je m’identifie. Cet objet, c’est une carte postale représentant la photo de Rimbaud prise par Etienne Carjat vers 1872 – je suis en droit de reproduire l’image car elle est tombée dans le domaine public, comme me l’a appris Wikipédia tout à l’heure.

Cette carte imprimée de la photo de Rimbaud,  je l’ai achetée à Paris en août 1999 chez un bouquiniste des quais de Seine, en même temps qu’un poster noir et blanc d’Einstein disant cela : « Do not worry about your difficulties in mathematics. I can assure you that mine are still greater. » (« Ne vous inquiétez pas d’avoir des difficultés en mathématiques. Je vous assure que les miennes sont toujours plus grandes. »).

J’ai affiché la carte postale Rimbaud au-dessus de mon bureau dans ma chambre d’étudiante de la banlieue de Brighton, en assumant le côté cliché de cette décoration. Je trouvais que cela faisait très littéraire et typiquement Frenchy, sans doute ! Si je n’ai plus cette carte, c’est parce que je l’ai donnée à un amoureux américain amoureux de poésie, à la veille de mon retour  à Paris.

Une carte identique à cette carte offerte une nuit de juin 2000, je sais qu’elle existe. Pourtant, je ne l’ai pas encore trouvée. Soit un train qui ne m’attendra pas, soit un impératif à Reims, mais jamais le temps d’aller la chercher alors qu’elle se cache sûrement à l’Office de tourisme ou à la Maison des Ailleurs, voire encore chez Spitz, l’encadreur de la rue Irénée Carré.

J’ai essayé de contourner le problème ce soir en m’aventurant quelques instants dans les rues de Charleville qui sentent les gaufres, près de la place Ducale. Mais tout ce que j’ai trouvé en raison d’un T.E.R ne me permettant pas de trop m’éloigner de la gare, c’est un portrait d’après Carjat d’un Rimbaud raté et qui louche. Un petit euro dépensé pour pouvoir écrire en négatif l’histoire de l’objet qui semble échapper à ma quête.

Pourquoi un tel acharnement ? Cette carte postale symbolise mon premier roman, si je peux l’appeler ainsi, et qui sera prochainement publié, je ne sais encore où exactement. Cette fiction a pour sujet un certain poète, né à Charleville-Mézières le 20 octobre 1854. »

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3 réflexions sur “La carte postale du portrait de Rimbaud, par Frédérique Alfassa

  1. Ce qui est curieux, c’est que cet été, j’ai fait le pèlerinage Charleville-Mézières / Reims… Une amie et moi, nous voulions visiter le nouveau musée RImbaud. Qui est en réalité un véritable et vrai chantier. Si on aime visiter les chantiers, on est comblé. Après, bien sûr, nous sommes allées faire un petit tour jusqu’à la place Ducale, que j’avais vainement cherchée il y a quelques années. Le futur musée est situé au même endroit que jadis (je l’avais visité toute jeune, à deux ou trois reprises et moi, j’étais tombée en arrêt devant le fac-similé du tableau de Fantin-Latour, Coin de table. Je ne me souvenais plus du tout que le musée était situé dans un moulin. Aujourd’hui, il y a une passerelle qui enjambe la Meuse, et la future billetterie, où l’on attendait la visite guidée. Dans la salle de la billetterie (pour le moment, le musée est gratuit), il y avait une expo de l’artiste Ernest-Pignon-Ernest sur les poètes dans leurs villes. Je suis restée en arrêt devant Maïakovski, Mahmoud Darwich à Jérusalem-Est, Pasolini à Certaldo, et surtout, Desnos et Louise Lame à Paris.

    Ernest-Pignon-Ernest a aussi fait des photos et des collages de ce portrait de Rimbaud, un peu partout, à Charleville. Mais comme c’est de l’art éphémère, je n’en ai pas vu en vrai.

    Donc, cette photo n’est pas si passe-partout que cela et d’ailleurs, qu’importe si une photo très courante représente quelque chose de particulier pour nous ? L’idée de l’objet n’est-elle finalement pas plus importante, individuellement, que l’objet en lui-même ?

    Sinon, nous n’écririons pas dessus… C’est curieux, car je suis loin, loin, loin de Charleville, et pourtant, j’ai envie de m’y promener, sur la place taillée en mesquines pelouses…

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