Le compotier rouge, par Pivoine Blanche

J’ignore absolument l’âge de cet objet. Si ce n’est que je l’ai toujours connu. Il faisait partie d’un set de saladiers que j’aimais, à tailles variables, lesquels se trouvaient dans le buffet de cuisine à la maison. Il y avait un jaune, dont je revois exactement la couleur et un vert – c’étaient les plus grands – un rouge, dans lequel on a toujours versé les compotes et un mauve plus petit.

Le jaune et le vert ont été cassés, il y a bien longtemps, et je l’ai regretté, à l’époque. Le rouge a continué à servir à de tout, avec, comme attribution particulière, les compotes d’abricots, de prunes, (plus rares), de reines-claudes et de pommes à la cannelle.

Ma mère n’aimait pas les confitures, trop sucrées à son goût, trop longues à surveiller aussi, sans doute, et surtout, qui ne conservaient pas, étant donné que nous utilisions le couvercle en paraffine. La confiture moisissait en-dessous de la paraffine, même entreposée dans la pièce la plus fraîche de la maison, c’est-à-dire la chambre de mes parents.

D’où le choix des compotes, qui satisfaisaient tout le monde (sauf moi qui n’aimais que les fruits crus). Et donc, bien entendu, en période de compote d’abricots, j’en avalais un bon tiers… Mais cela ne m’a jamais été contesté, puisque les fruits, « c’est bon pour la santé ».

Dans le saladier rouge, on mélangeait aussi une salade de viandes très simple, et très bonne, à base de jambon cuit haché + saucisson de jambon d’une part, jambon fumé haché + saucisson de jambon  d’autre part, avec une mayonnaise maison, du persil haché (aux ciseaux) et un œuf dur par saladier… Un « souper », chez nous, c’était parfois les deux salades, sur le pain, et le sacro-saint café du soir de mes parents, avec parfois un peu de chicorée, le tout dans la cafetière Melitta.

D’autres soupers consistaient en « fila’méricain » (pour filet américain ou plutôt, bœuf tartare), avec de nouveau de la mayonnaise maison (les pots de mayonnaise n’entraient pas chez nous), du persil haché (aux ciseaux), un oignon haché menu… Et de la sauce anglaise.

J’ai récupéré le saladier rouge chez mon père, en hésitant quant au mauve. Mais la peinture était ternie et l’enduit un peu brillant avait disparu. Je l’ai laissé. J’ai aussi laissé (et je le regrette un peu) un saladier en verre taillé dans lequel on mettait à rafraîchir les salades de fruits, jolies, jolies, jolies, et parfois, les mousses au chocolat.

Mais tous ces saladiers, peu pratiques et cassables, où les aurais-je entreposés ?

Pivoine Blanche

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2 réflexions sur “Le compotier rouge, par Pivoine Blanche

  1. Curieux, les souvenirs. Les uns sont des idées, des images en nos têtes. Les autres sont des objets, bien réels et palpables.
    On se bat pour les seconds, car chacun, sans que l’on sache pourquoi, est certain que l’objet de son souvenir lui appartient. Et pourtant, pourquoi vouloir l’objet, si la mémoire est assez nette? A moins que l’on ne redoute quelque effacement? On entrevoit comme une lutte contre l’inconscient, ou la vieillesse, comme on voudra, mais sans doute aussi désespérée dans un cas que dans l’autre.
    De quoi nos souvenirs nous protègent-ils? De la mort? De l’avenir? Du passé? Faut-il les étaler comme des preuves de bonheur? des preuves de vie? Pourquoi vouloir toucher le fond de son cerveau? Pourquoi vouloir l’avoir toujours sous les yeux? pourquoi vouloir que notre chambre, notre bureau, notre salon ressemblent à notre tête? Pourquoi vouloir loger dans son esprit? Ne pouvons-nous être heureux que dans notre passé? Peut-être est-ce cela, le souvenir: le bonheur en héritage.?

  2. Ah! Bonjour Jean-Paul Gallibert… Merci pour ce commentaire (je me suis décidée à suivre votre conseil qui était bon!) Avec humour, je rappellerais bien le mot d’une ancienne collègue qui me disait toujours (lorsque je posais « la » question qu’il ne fallait pas poser), « poser la question, c’est déjà y répondre ». Assurément, si je n’avais pas pris ce saladier, il aurait fini aux « Petits Riens », (une oeuvre de bienfaisance) ou à la poubelle. Il n’a aucune valeur, si ce n’est peut-être, que cet genre d’objet qu’on qualifierait volontiers de « vintage », rappelle une certaine époque, les années 50-60, et les faïenceries Boch (qui ont fait faillite), enfin, dont certains pans ont failli. Ou été restructurés. Souvenirs d’une époque qui semble plus clémente que le XXIème siècle, (mais cela dépendait pour qui), d’une vie familiale simple – et ses aspects heureux. Qui disait repas disait famille réunie, à une table, dans une cuisine, sans télé ni radio… Où l’on parlait où l’on écoutait. Je parlais justement du passé à une amie, la tout à l’heure, elle me disait « pourquoi toujours revenir avec le passé? » et je lui ai répondu « mais je ne connais pas l’avenir… »
    On a ses manies… Chez moi, c’est le passé, mais à la différence de ma mère qui collectionnait les objets, moi, j’écris sur eux… Cela fixe la mémoire, en quelque sorte…

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