Le compotier rouge (suite), par Pivoine Blanche

J’avais écrit naguère sur l’unique compotier -rouge- d’une série qui se trouvait dans le buffet vert de la cuisine – chez mes parents. Dans la cuisine de mon enfance. Et que j’avais ramenée de chez mon père. Vert, jaune, rouge, mauve…

Qu’aurais-je dû ou pu faire si j’avais vraiment voulu que ce compotier ne casse jamais ?

J’aurais pu le ranger dans une armoire et ne jamais l’en sortir.

Mais les objets doivent vivre.

Je l’ai donc utilisé.

Rarement.

 

Je l’ai sorti aujourd’hui et c’était d’ailleurs une mauvaise idée, car il s’est avéré trop petit pour l’usage que je voulais en faire.

Je l’ai donc lavé et mis à reposer, dira-t-on.

 Un peu plus tard, je l’ai pris, séché, et en ouvrant la porte de l’armoire où je voulais le ranger, naturellement, des boîtes en plastique me sont tombées sur la tête, ont rebondi sur l’objet, le compotier m’a échappé aussitôt des mains et s’est fracassé sur le sol.

 En deux.

 Juste en deux. Je suis restée un moment immobile dans ma cuisine. Puis, j’ai ramassé les deux morceaux, ai vérifié qu’ils s’emboîtaient bien, et j’ai ramassé les minuscules éclats qui jonchaient le sol.

 

Le mal n’est pas grave, en soi.

Je peux le recoller.

Le compotier – pas le sol.

Je peux le jeter.

Je peux en faire une mosaïque.

 Mais cela ne m’a pas consolée. Que d’histoires pour un compotier !

 

Pour ne pas rester sur des pensées noires, ou sur des pensées tout court – toute la maison de mon enfance, et la cuisine de mes parents et les vingt-six années qui ont précédé mon départ vers ma vie d’adulte, m’avaient sauté à la figure – je suis sortie, et tant pis si la pluie menaçait.

 En Belgique, la pluie menace toujours quelque part.

 

Je ne peux pas dire que ce compotier, ce soit l’âme de ma mère, non. Ou la mienne ?

 Et ce n’est qu’un objet. Mais l’idée de l’objet n’est-elle finalement pas plus importante que l’objet lui-même ? Sans doute.

J’ai rangé les morceaux de compotier dans la pièce qui me sert d’atelier – et de débarras.

 Et je me suis lancée dans une infographie… De mon compotier cassé.

 

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5 réflexions sur “Le compotier rouge (suite), par Pivoine Blanche

  1. … et la part immatérielle de l’objet plus importante peut-être que sa dimension matérielle… « Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée rieuse ou altière, l’absente de tous bouquets. » Mallarmé

  2. Oh, c’est beau ! Merci, en plus, j’adore Mallarmé – si difficile à décrypter parfois. Cela me fait penser à une histoire que me racontait mon premier professeur de peinture. Bonnard voulait peindre un bouquet de fleurs magnifiques (des roses, peut-être). Or, plus il travaillait, sur le motif, plus le bouquet lui échappait. Il a fini par aller le porter dans la pièce à côté et à peindre – sans voir l’objet. De temps en temps, il allait le regarder, mais il s’en était affranchi. Cela me paraît ressembler un peu à cette démarche.

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