Les gants en plastique, par Annie Llorens

J’ai pas toujours fait la cantine.

Ça, ce sont des formes. On me les a données quand je suis partie. Une avec la date d’entrée dans l’usine, 1977, l’autre, quand je suis sortie. 2004. J’ai fait des contrôles de gants . Au début, c’était sur des chaines, comme des chaines à vélo. On était 4 contrôleuses, on avait chacune sa couleur. Et chacune ses bassines. Il y avait une paire de gants sur la table, on contrôle, le gauche, le droit. La chaine, elle tourne pendant ce temps-là. AU bout , une femme conditionne tous les gants. On en mettait 100 / 200 par carton  avec son numéro et la date. Moi j’étais mettons n°12 , j’écris « n°12, 150 » on pouvait pas tricher. On était sanctionné si on en retrouvait avec des trous. Il y avait une petite lumière au-dessus et le gant tournait : si on voyait une tache, une bulle, le gant était refusé, ça allait aux déchets, mais les D.A. c’était rare. 7-8 heures sous les néons, ça agressait les yeux. On parlait pas.

Le principal, c’était le pouce-à-pouce : s’il y avait deux mains gauches, c’était directement le bureau. L’usine était à Liancourt. Fondée en 1848, devenue Papa en 1989. Il y a encore les locaux. On faisait 24 000 / 26 000 paires par jour. Le rendement, c’était 24 000. On était rappelé à l’ordre, sinon.

La deuxième chaine : il y avait deux planches, comme un escalier : le gant montait dessus et arrivait à la table. La contrôleuse recontrôle. La pelle (le sac) s’ouvrait, il fallait mettre le gant dedans tout de suite, la pelle se refermait et ça soudait. 150 à 200 sachets, 3 000 à 3 500 paires de gants. Quand le charriot était plein, ça repartait. Sur la première machine, on était assises, quand on contrôlait les gants.

C’était cadence, cadence, cadence. Sur un même plateau, il y avait deux cents formes, droite et gauche, séparées.

Les gants étaient accrochés à l’envers, couverts d’une sorte de pâte de latex, qui passait dans différents baquets. Ça tournait. On mettait le plateau dans un baquet une demi- heure et quand c’était fini, on le remontait. C’était chaud. On démoulait en bassine, puis on faisait cuire dans un four une demi-heure. Que des gauches. Que des droits. On mélangeait pas. On travaillait en équipe. On les retirait, ça basculait dans d’autres charriots, et ça passait au contrôle.

J’ai fait que les 2/8. Pas les 3/8.

Il y avait les gants de couture, aussi: en coton, tout blancs. Ils les cousaient en bas.

On a aussi emballé des éponges.

La première machine était bruyante. Ça claquait. On faisait aussi les pochettes.

Il y avait un petit trou pour accrocher les sachets. Fallait plier les gants pour les entrer dans la pochette. Si ça dépassait, ça bloquait la machine (certains gants étaient épais), fallait appeler le mécanicien .

Les chefs, c’était dur. Quand vous arriviez, vous étiez jeunes. Moi j’avais 18 ans. On vous montrait rien. On se formait sur le tas. On vous appelait par haut-parleur quand vous n’étiez pas à votre place (pause, cigarette..). On était deux cent-cinquante femmes. J’ai préféré travaillé avec des chefs hommes qu’avec des chefs femmes.

On avait un quart d’heure de pause. Je travaillais de 6 h à 14 h, et la première pause, c’était dès 7 heures. Ou alors de 14 à 22 heures. Le repas était à 11 heures.

Il y avait des moments de rigolade avec les filles . on gonflait les gants et on les lançait quand le chef n’était pas là. On était là dès 6 heures et le chef arrivait à 8 heures le lundi.  

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5 réflexions sur “Les gants en plastique, par Annie Llorens

  1. Annie a présenté son travail à l’usine dans le cadre de ma résidence d’auteure à la Médiathèque Départementale de l’Oise, autour de la mémoire de la femme ouvrière. Ce récit est la retranscription de sa présentation. Ce fut un très beau moment de partage d’expérience avec le public de la bibliothèque de Bailleval, dans l’Oise.

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