La cornière, par Marie-Claude Maillet

Je travaillais à la fonderie de Méru. Je faisais un travail d’homme. Je mettais une tenue de sécurité. Je portais des bouts de fer de 5 à 6 m de long qu’on appelle des cornières. On les assemblait en carré pour faire des trappes, pour les centres villes. Par exemple autour des arbres ou pour faire des ouvertures pour l’électricité et l’eau.

J’étais toute seule avec quatre hommes qui ne m’aidaient pas. Un chef et trois hommes, qui soudaient. Du coup j’avais plein de boulot. Il y avait une espèce de liquide vert gluant, pour éviter que la lame de la scie ne casse. Je l’appelais la menthe à l’eau.

Après je faisais le ménage de l ‘atelier. Le vendredi c’était le grand nettoyage. Le patron m’a dit que je travaillais bien, il m’a proposé de nettoyer le bureau ; ça faisait moins d’atelier. Je nettoyais les appareils à boisson et je faisais le café. Trois cafetières. Et je soignais les personnes qui se blessaient. Il fallait enlever les petits grains de fonte dans les yeux avec de petits aimants. Après, on les emmenait à l’ophtalmo, mais au début, c’ est moi qui faisais l’infirmière.

Je commençais à 6 heures du matin, je mettais le réveil à 4h30. Il faisait froid l’hiver. Tous les matins, je prenais ma 2 chevaux. Une fois, j’ai eu la voiture bloquée par le gel. Un arbre était tombé à cause du gel. Le midi, j’avais une demi-heure pour me laver les mains, aller aux toilettes et manger. Et je quittais vers 14 heures. Quelquefois, je travaillais aussi le samedi.

Après je faisais les courses et je rentrais à la maison. Je préparais le goûter des enfants et le manger pour le lendemain.

Je ne gagnais pas beaucoup d’argent. Mais j’étais courageuse. Je suis restée vingt-sept ans dans cette entreprise. Mais pas vingt-sept ans en atelier. Après j’étais au nettoyage des boulons. Il fallait enlever la graisse. Le produit avait une odeur qui restait sur les mains, même quand on les lavait. Les machines à côté faisaient tellement de bruit, même avec un casque sur les oreilles, ça m’a rendue un peu sourde. C’est pour ça que j’entends mal.

Je n’ai pas été beaucoup à l’école. Je l’ai quittée à 13 ans et demie avec le certificat d’études.

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Marie-Claude Maillet a présenté son travail en fonderie à Fosseuse, dans le cadre de la résidence d’auteur d’Ella Balaert autour des objets et outils de travail. Les enfants de l’école d’Anserville en ont  tiré ensuite ce récit. Merci aussi à la bibliothèque de  Fosseuse et à la Médiathèque Départementale de l’Oise pour leur accueil.

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Une réflexion sur “La cornière, par Marie-Claude Maillet

  1. Qui nous dira la classe ouvrière?

    Les théories les plus révolutionnaires
    ne disent pas la chair de ses vies meurtries.
    Elles ignorent ces aimants pour retirer le métal des yeux.

    Qui nous dira la classe ouvrière?

    Les objets, peut-être,
    cette cornière,
    et tous les autres.

    Tous les objets sont ouvrés

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