La brosse à cheveux, par Christiane Vignoli

Je l’imagine naître sous une véranda, dans l’Oise. Je pense à la femme qui l’a fabriquée. Je vois une mère de famille qui a besoin d’argent pour élever ses quatre enfants. Elle est voûtée sur son travail. Elle implante ses soies avec minutie et amour. Cette femme très modeste fabrique un objet de luxe, dont le support est en argent et les poils sont souples. Elle va permettre à d’autres femmes de s’adonner à des gestes de féminité auxquels elle ne songeait peut-être pas.

Maintenant la brosse poursuit son voyage et se présente dans un autre monde, une vitrine chez un marchand parisien. C’est alors que cette brosse a séduit la personne qui me l’a offerte, ma belle-mère. Femme d’un milieu différent, féminine, travaillant dans la mode, fabriquant des chapeaux, attirée bien sûr par tout ce qui avait trait à la mise en valeur de son apparence. Pour elle, cet objet lui permettait d’affirmer aussi son indépendance, elle pouvait s’offrir un objet luxueux grâce à son travail. Il est probable qu’en fait si la motivation des ouvrières était sans doute d’assurer une ressource financière, celle de ma belle-mère était de s’affirmer dans une classe sociale. Cette brosse ne l’a jamais quittée. Je l’imagine plus jeune, se brossant délicatement les cheveux. Quand je l’ai connue, chaque matin, elle s’asseyait devant son miroir et se brossait longuement les cheveux, ensuite elle se maquillait, jamais elle ne serait sortie avant ce rituel. Peut-être à travers ces gestes respectait-elle également le travail de celle qui avait fabriqué cette brosse. Travaillant dans la mode, elle connaissait la valeur du travail artisanal.

Maintenant cette brosse est sur ma propre coiffeuse et on peut dire qu’elle a effectué presque un retour aux sources, puisque je suis dans l’Oise. Si je ne me brosse plus les cheveux avec, car avec le temps elle a perdu de son efficacité, je me remémore son histoire. Ton histoire. Je me souviens de ton arrivée, la joie de t’avoir reçue des mains de ma belle-mère que j’admirais et qui par ce geste m’adoptait. Je me souviens aussi de mon père, comment il m’a amenée à aimer les meubles qu’il fabriquait avec amour et que toute petite j’aimais regarder et toucher.

J’espère que ton voyage se poursuivra, et qui sait, peut-être retrouveras-tu ta famille d’origine à travers un musée ?

 

Une réflexion sur “La brosse à cheveux, par Christiane Vignoli

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s