Les paniers, de Maryse Mortier

Les paniers de Mireille

 

                A partir du 15 août chaque été depuis dix ans, Mireille sonnait à ma porte, des paniers suspendus aux deux bras, un ou deux bambins accrochés à sa jupe. Elle annonçait l’arrivée des vendanges, auxquelles  tous les hommes de sa famille allaient participer, mais en attendant les jours bienvenus pour gagner quelques sous, ils s’activaient à tresser l’osier devant la caravane, Mireille, elle, faisait le porte à porte en compagnie des deux gamins et vendait la production.

                Le premier panier je me souviens, elle me le laissa pour le prix d’un plus petit, j’ajoutai  un paquet de bonbons. Tous les ans elle revint et je préparais pour elle quelques vêtements de gosses et autres bricoles. Jamais elle ne manqua notre rendez vous, je pus ainsi combler les amis et les enfants de paniers, ça tombait bien les sacs en plastiques disparaissaient des supermarchés. Il y en eu un, bien cylindrique, parfait pour y ranger des bouteilles, un autre accroché au plafond pour accueillir le bric-à-brac de ma petite fille, le plus grand pour ramasser les pommes et les légumes du jardin, un autre pour les oignons et les ails, tous ont trouvé un usage, même le plus petit, bancal, premier panier de son fils, fut  adopté par le chat !

                La dernière fois que Mireille vint, elle était très amaigrie, puis elle ne vint plus, mes paniers me parlent d’elle et de toutes ces dames qui,  paniers au bras, vendent le travail de leur homme.

«  On ne doit pas mendier me disait elle, faire des  paniers fait mal aux mains, c’est ça qu’on vend ! »

 

 

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8 réflexions sur “Les paniers, de Maryse Mortier

  1. Dans l’objet palpable
    il y avait du travail
    un peu du temps, un peu du corps
    d’une personne.

    Et son histoire était la sienne.

    Nos objets impalpables
    tout connectés d’intelligence
    touchent à l’autre bout du monde
    mais ne sont plus personne

    • Oui, tous les objets nous parlent d’un autre en nous parlant de nous. Qu’en sera-t-il des générations à venir ? Resteront-ils un peu arrimés ou complètement flottants dans une fuite en avant.

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