La chaise alsacienne (1) d’Anne Poiré

Maman aura 90 ans cette année. Dans le vestibule de sa maison, qu’elle occupe seule, toujours autonome, un modeste siège de bois découpé, au dossier percé d’un cœur et aux pieds divergents, accueille les visiteurs. En ce mois de juin 2019, l’une de mes sœurs, qui habite la même région qu’elle, nous écrit, à tous, ses six frères et sœurs, ainsi qu’aux neveux et nièce : « Par ailleurs, elle voulait aussi que je vous transmette ceci : le jour où elle mourra, nous pouvons jeter, donner, faire ce que nous voulons de sa maison SAUF une chose : la petite chaise alsacienne qui se trouve dans l’entrée DOIT rester dans la famille, elle représente l’héritage de sa grand-mère, le côté Forêt Noire même si elle sait que cette chaise a été achetée avec papa, c’est vraiment très important pour elle. » Ma nièce M. a aussitôt répondu : « En ce qui concerne la chaise alsacienne… Cette volonté peut surprendre certains et faire sourire. En ce qui me concerne cela me touche. Comment serons-nous à 90 ans avec notre histoire, nos souvenirs, nos espoirs…? C’est avec un grand respect que je prends cette demande au sérieux. Si personne ne se projette avec cette chaise de mamie, nous la garderons précieusement avec nous et la transmettrons. Je le promets, pour mamie et tout ce qu’elle représente. »

De mon côté, je n’ai pas vraiment besoin de posséder cet objet familial : moi qui n’ai pas connu mes deux grands-pères, décédés bien avant ma naissance, et si peu mes grands-mères, j’ai publié en 2014 aux éditions Le Verger des Hespérides un roman jeunesse quasi épuisé à ce jour, Papi Jeannot, sur les traces, les transmissions, les secrets de famille. Je ne connais pas du tout l’illustratrice, Laurence Schluth, l’éditrice seule a dialogué avec elle. Lorsque j’ai découvert l’ouvrage transformé par le biais des dessins qu’elle a pu imaginer, j’ai sursauté. C’était un peu comme si cette créatrice avait soulevé le voile, me connaissait, intimement. Par exemple, au bas de la page 108, elle a dessiné spontanément ce siège, au dossier typique. Pur hasard ? Cette pièce familiale ajourée est donc d’ores et déjà immortalisée, dans sa quintessence, par ce livre, cette pure fiction. Ainsi, elle reste à sa façon dans la famille. Et, désormais, par ces quelques mots, voilà qu’elle entre même au musée.

 

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