La bague poison, de Xiména Florès

C’est un objet circulaire avec un ornement au-dessus. Il est fait d’argent et de grenat. Le grenat est comme posé sur une sorte de couronne inversée en argent, et en dessous part l’anneau qui en fait une bague. Sur le côté, un loquet permet d’ouvrir la bague et laisse apparaître un petit espace où son propriétaire pourrait cacher quelque chose. Une bague-poison. C’est comme cela que ce nomme cet objet, mais ce nom est devenu obsolète car il ne remplit plus la fonction donnée par son appellation. Autrefois, les femmes portant cet objet remplissaient leur bague de poison pour le verser discrètement dans la boisson de leur victime, mais aujourd’hui elle ne sert plus qu’à faire joli, qu’à donner un charme supplémentaire. Petite, j’arborais cette bague avec fierté, et je ne manquais pas une occasion pour montrer sa singularité à chaque nouvelle personne que je rencontrais. Cette bague me remémorait mes lectures également, et j’aimais encore plus la porter car j’avais l’impression d’être une des héroïnes de mes romans fantastiques préférés. Un saut dans le temps. J’avais l’impression d’appartenir à une époque depuis longtemps révolue, mais une époque qui me faisait bien plus envie que celle à laquelle j’appartenais.

Cette bague, c’était le premier cadeau auquel je participais avec mon argent de poche. Le premier cadeau qui n’était pas tout à fait un cadeau, un cadeau que je me faisais en partie à moi-même, avec toute la satisfaction possible après ça. Il y avait dans la rue Mouffetard, près de là où j’habitais à l’époque, une boutique de bijoux qui ne ressemblait pas à une bijouterie normale, mais où on pouvait trouver des bijoux ethniques, des bijoux spirituels, des bijoux rappelant l’univers de l’héroïc-fantasy, des piercings… Ma mère achetait ses bijoux là-bas depuis des années, et j’ai également pris goût aux articles que le même propriétaire vendait depuis plus de trente ans.

C’est dans cette boutique de la rue Mouffetard, rue où j’ai passé mon enfance, où j’achetais mes feuilles Diddl, où j’ai trouvé mon premier travail, où j’ai bu ma première bière enterrasse, que j’ai acheté cette bague. Cela fait quatre mois que la boutique a fermé, et tous ses trésors me sont désormais indisponibles. Depuis le jour où j’ai reçu cette bague, je ne l’ai jamais retirée. Cela fait donc maintenant huit ans sur mes vingt années qu’elle orne tour à tour mon annulaire, mon majeur ou mon index, selon l’envie du moment. J’ai comme l’impression que sans elle, je ne serais plus moi-même, elle fait presque partie intégrante de ma personnalité. En grandissant, j’ai fini par accorder beaucoup des bijoux que je porte à cette première bague, je porte notamment des boucles d’oreilles en argent et en grenat et mon piercing au dessus de la lèvre est aussi un grenat comme entouré d’une couronne d’argent. J’ai appris aussi bien plus tard que ma pierre de naissance est le grenat, et même si je ne crois pas réellement en ce genre de chose, il est tout de même amusant de voir que mon choix d’enfant s’est porté sur une pierre qui me représente – dans la croyance de certains.

Les décorations que j’ajoute à mon corps sont certainement ce que je valorise le plus, lui ajouter des accessoires est la manière que j’ai de me le réapproprier, car je n’ai pas choisi ses caractéristiques.Cet objet est peut-être celui qui m’est le plus cher aujourd’hui, et je le porterai jusqu’à ce que cela me soit impossible.

 

Ximena Florès

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