Le backgammon, par Soline

Je n’avais aucune idée de ce que pouvaient être les règles de ce jeu.
Je le voyais posé sur l’étagère du salon sans que personne n’y prête vraiment attention, sans que personne n’y joue. Il est vrai, c’est simplement un objet : mais je le trouvais particulier, il se démarquait des autres, simplement par sa structure.

Cette dernière me fascine toujours autant. C’est une mallette se pliant en deux, se posant à plat, ornée d’imprimés géométriques, avec les mêmes couleurs qui reviennent : le marron, le beige, et le bordeaux.

N’ayant aucune connaissance sur l’histoire de ce jeu de société, et ayant seulement très peu de souvenirs de mes parents qui y jouaient, j’ai dû aller chercher le nom de ce jeu de société sur internet pour pouvoir lui attribuer un nom. Je l’ai décrit à ma manière en tapant sur la barre de recherche : jeu de société oriental, arménien, iranien… Pour finalement trouver un seul mot : le « backgammon. »
J’en ai parlé à mon père. Il m’a dit qu’il l’avait récupéré en Palestine, et que c’est le plus beau jeu qu’il possède aujourd’hui, en plus d’être le seul souvenir provenant du pays de naissance de ma grand-mère. J’en ai déduit que c’était probablement pour cela qu’il faisait désormais office d’élément de décoration dans le salon. Mon père m’a à peine parlé des règles du jeu en me le présentant, mais a surtout pointé du doigt la beauté qu’il y trouvait. J’ai même décelé un sentiment de fierté lorsqu’il décrivait la mallette. Il m’a surtout parlé du reflet irisé que nous offrait la nacre présente sur le dessus, et a fini par me tendre le jeu en me donnant pour seule mission d’en prendre soin. Je ne sais toujours pas si c’était sa manière de me le donner, mais aujourd’hui, le jeu se trouve sur l’étagère de ma chambre… Je n’oserai pas dire qu’il m’appartient, mais peut-être devrai-je prendre le temps de le découvrir, maintenant que je connais son histoire.
Cet objet, définitivement précieux aux yeux de ma famille, a vécu plein de choses, dont les voyages contraints de mon père, alors qu’il était encore enfant, entre certains pays. Durant plusieurs années, il s’est déplacé entre la Syrie, le Liban, et la Palestine, pour éviter les différents conflits et les différentes guerres, sans pour autant abandonner son jeu. Il l’a précieusement gardé, jusqu’à son arrivée en France.
Ce backgammon est donc plus âgé, et a parcouru bien plus de kilomètres que moi.
Le fait de le voir posé paisiblement sur cette étagère me fait finalement penser à une retraite bien méritée. Il en a vu de toutes les couleurs, avec ses jetons secoués et son bois, qui se trouve être partiellement usé.

Si mon père a décidé de me l’offrir, je pense que je ferai de même. Dans quelques années.

 

Soline

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