La Pierre Qui Apporte Le Vent, de Talia Bosnak

Certains objets vivent avec nous, ils voient les larmes des yeux, ils entendent les rires…

J’avais 8 ans. Les étés nous avions d’habitude d’aller à Kinali (c’est une île près d’Istanbul, l’un des îles de prince d’Istanbul). Kinali me semblait  magique , la mer bleue, le vent qui apportait l’odeur de mer, les enfants qui jouaient dans les rues…J’aimais les gens qui vivaient à Kinali, ils étaient modestes et courageux, ils avaient une joie de vivre. J’avais des amis, on jouait ensemble dans notre rue du matin jusqu’au soir.

Un jour avec mes amis je suis allée au bord de la mer.On se promenait ensemble et soudain, j’ai trouvé une pierre. Elle était petite, magnifique, elle était rouge foncé avec des lignes noires, elle brillait dans la lumière de l’après midi de Kinali. La pierre est venue avec moi. Je l’ai déposée dans la boite dans laquelle je gardais les choses importantes pour moi. Deux jours après, j’ai appris que mon père avait retrouvé mon vélo, qui avait disparu une nuit. J’ai commencé à penser que la pierre me portait chance. L’été a fini, l’automne est venu, l’école a commencé.J’ai mis la pierre dans ma trousse. Maintenant je comprends pourquoi la pierre est restée à mes côtés pendant des années. Kinali était un lieu très important pour moi. Kinali c’était mon enfance, Kinali c’était le début de tous les bonheurs, Kinali c’était la liberté, Kinali c’était l’amitié… Et cette pierre que j’ai trouvée au bord de la mer, me faisait sentir le l’odeur de la mer de Kinali, le soleil de l’après-midi, les rires quand je jouais avec mes amis.

Comme tous les enfants, comme tous les êtres humains, j’ai vécu des choses difficiles, j’ai eu peur, j’ai été désespérée, j’ai dit “voici, on est arrivé à la fin”. Mais dans ces situations,  penser un lieu, penser Kinali me rendait brusquement heureuse, comme le soleil sort des nuages  :  je voyais le bleu de la mer, je voyais les pères qui apprenaient à faire du  vélo aux enfants, je sentais l’air frais, je sentais toutes  les sérénités de la vie dans chaque seconde. Prendre la pierre dans mes mains, c’était prendre un bateau pour aller à Kinali.

Mais les enfants possèdent un peu dans leurs cœurs le goût du méfait. Ils veulent  faire mal à leurs amis, ils disent des mots destructeurs… En classe, les jours d’examens, j’avais habitude de mettre la pierre sur la table, pour me relaxer, pour me porter chance. Un jour, après un examen, Je l’ai mise dans ma trousse, je suis allée au jardin : au retour je n’ai pas pu retrouver ma pierre magique. J’ai entendu les rires de mes amis. Ils l’avaient prise, ils l’ont volée.  Et par la suite, je n’ai jamais pu la retrouver. Ils ont pensé que j’avais perdu une simple pierre, mais j’ai perdu tous les bonheurs, j’ai perdu Kinali, J’ai perdu le vent qui m’apporte l’odeur de la mer.

Talia Bosnak

 

 

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