L’orange, par Ingrid Thobois

Celle-ci ou une autre. Ce n’est pas l’orange qui me préoccupe mais ce que j’en fais, matin après matin, ce que j’en défais, de la manière apprise à regarder mon père : après avoir amputé le fruit de chacun de ses pôles, à la pointe du couteau inciser l’épiderme juste ce qu’il faut de profondeur – surtout ne pas atteindre la chair, encore moins le cœur, rester en surface de ce dont on se débarrasse.Tracer ainsi tous les deux centimètres des lignes invisibles du nord au sud, jusqu’à avoir fait tout le tour de la Terre.Terminer le travail à la main -sa main qui quarante ans durant a fait naître des milliers d’enfants, réceptionné les têtes d’épingle ou les culs minuscules, puis tendu cet origami stupéfié vers une mère en rire, vers une mère en pleurs, brusquement advenue. Maintenant il n’y a plus rien à trancher, juste l’écorce à retirer, un à un les lés de la peau qui vient facilement, comme tout ce qui se pense minutieusement.

Ingrid Thobois, 23 mai 2020

http://www.ingridthobois.com/

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