Parle avec lui, par Carole Zalberg

Il y a une trentaine d’années, je suis allée rendre visite à Simon Crescioni dans le Cap Corse. J’écrivais alors une série de portraits pour Kyrn Magazine et ce que j’avais vu du travail de ce peintre m’avait donné envie de le rencontrer. Au moment de cet entretien, il se remettait difficilement d’un deuil, m’était apparu comme un homme en veilleuse : douceur et tendresse du velours élimé, gestes lents, un reste d’espièglerie qui ne veut pas mourir au coin des yeux las. Je n’ai oublié ni ses larges mains incrustées du bleu dominant ses toiles ni la complicité immédiate qui s’était établie entre la jeune femme que j’étais et l’artiste déjà âgé. Nous avions instantanément trouvé un territoire commun et sa langue : le sensible et les couleurs pour le saisir, le partager, le protéger de la disparition. On percevait dans ses œuvres partout autour de nous les traces des êtres et des lieux aimés. Mieux que des traces, une présence composite et murmurante que j’ai écoutée autant que sa voix. Dans mon souvenir, nous étions une assemblée nombreuse, morts et vivants ensemble, se passant des secrets aussitôt enfuis. Quand je suis repartie, après quelques heures comptant pour mille, Simon a tenu à m’offrir deux peintures. Trois têtes de cheval entrelacées, un petit format que j’ai accroché récemment dans une chambre de Raffé. Et cet homme assis, avec qui je converse en silence depuis.

Carole Zalberg

carolezalberg.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s