Mon calendrier, par Benoît Broyart

Il est en bonne place sur mon bureau depuis des années. Il fait partie des grigris dont j’ai besoin pour écrire. Il est le premier d’une petite liste d’objets ; pas forcément le plus important mais le doyen, c’est certain.

J’avais trouvé ce calendrier quand j’étais enfant, en vacances chez mes grands-parents, dans l’atelier de pépé. Les imperfections de cet objet m’avaient plu, le système savant pour faire défiler les chiffres aussi, la complexité de ce système. Pépé avait proposé de me le donner puisqu’il me plaisait tant. C’est mon plus beau souvenir de ces vacances-là. C’est mon plus beau souvenir de vacances chez mes grands-parents. Pépé, son haleine de vin et de gauloise brune, ses soupirs, sa gentillesse, sa maigreur parce qu’il n’avait qu’une moitié d’estomac — une large cicatrice lui barrant l’abdomen, j’avais longtemps cru qu’il avait eu cette blessure à la guerre alors qu’il n’en était rien — et ses bottillons noirs avec fermeture éclair au milieu. Pépé avait insisté pour le repeindre entièrement avec une belle peinture argentée. Une peinture rien que pour moi.

C’est un calendrier avec des chiffres et des lettres à moitié effacés qui connaît, depuis une éternité au moins, ce que le passage du temps implique, ce que le temps entraîne, abîme, altère. Si on approche l’oreille, si on écoute attentivement ce calendrier, il dit je crois l’effacement progressif des corps.

Benoît BROYART

https://benoitbroyart.fr/

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