Ma pierre qui parle, par Jacqueline Quartararo-Desre

Des têtes fracassées il y en a partout. Parfois elles le sont dès leur naissance, parfois au détour de leur vie. Il suffit d’un instant pour être déformé physiquement. Mais les têtes fracassées peuvent aussi être fracassées de l’intérieur. Celles-là sont  plus silencieuses et pourtant, l’invisible est tout aussi douloureux que ce qui « paraît ».

Toi tu es là dorénavant ; on se tient compagnie, toi silencieuse et moi tapant sur mon clavier.

Le ressac de l’Atlantique t’a complètement érodée ; auparavant tu étais exposée plein soleil. Tu as dû souffrir de tous ces vers venus se délecter. Personne n’avait d’égard à ton sujet ; il ne serait pas faux de dire que tu étais inexistante.

Tu étais là, parmi les petits cailloux et les fragments de coquillages. Tu étais piétinée, ta tête ne revenait à personne. De ta bouche on ne remarquait même pas que tu criais ton désespoir et pourtant tu as dû le faire à t’en décrocher  la mâchoire quand on te regarde.

D’un coup, mes yeux se sont portés vers toi. Un déclic, un retour à l’enfance, la compassion… je ne sais pas, en tous cas, dès cet instant, je t’ai caressée et depuis tu es mienne.

Tu sais quoi, j’ai des bons sentiments à ton égard. C’est étrange… je t’ai humanisée. Je te parle. L’autre jour j’ai mis mon crayon dans un de tes yeux. Pardonne-moi, j’ai réalisé l’horreur de mon geste. Tu n’es pas une chose, ni un bidule, ni un machin tu es ma pierre qui parle.

JADE – 27 juillet 2020.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s