Le livre des livres, de Joseph Danan

Un livre. L’objet destiné à prendre place dans ce musée ne pouvait être qu’un livre. Et, dans la multitude étoilée des livres qui composent ma bibliothèque, cette constellation qu’est À la recherche du temps perdu : le livre des livres. Celui auquel tout écrivain doit se mesurer pour savoir ce qu’il devrait écrire – et n’écrira sans doute jamais.

C’est dans Le Livre de poche que j’ai découvert, adolescent, la Recherche, achetant un à un chacun des huit volumes avec leurs belles couvertures en forme de collages : photographies de Proust à différents âges de sa vie et de pages des fameux carnets où l’œuvre fut écrite, avec ces ratures comme l’ordinateur aujourd’hui ne permet plus d’en faire mais qui furent longtemps pour moi la marque de l’écrivain. On y voit aussi quelques fragments tapés à la machine, ornés de corrections manuscrites.

Ces couvertures, dans des tons doux, conçues avec un soin que l’on ne trouve plus guère aujourd’hui dans les collections de poche, m’émeuvent profondément, presque autant que l’œuvre elle-même, que j’ai lue intégralement deux fois. La première fois, je devais avoir dans les 18 ans, la deuxième fois quelques années plus tard.

Or, sur la photo que j’ai prise de l’objet, cette série de livres, il en manque un, le premier, Du côté de chez Swann. Ce livre, je l’ai prêté, il y a fort longtemps maintenant, à une jeune fille qui m’était chère et à qui je voulais faire découvrir le chef d’œuvre de Proust. Lorsque nous avons cessé de nous voir, ce premier volume est resté de l’autre côté du mur de notre séparation. Je ne sais pas si elle l’a encore, le livre orphelin, ou si elle l’a égaré ou, à son tour, prêté. Mais les sept autres, qui sont encore dans ma bibliothèque, ne sont pas moins orphelins. Au point que je ne puis plus relire À la recherche du temps perdu. Car comment commencer la lecture au tome II ? Impensable, bien sûr.

J’ai acheté le tome I de la Recherche en Pléiade, mais ça n’est pas pareil. Sans charme. Le désir n’y est pas. Si bien que l’objet dont vous voyez la photo vaut au moins autant par ce qu’il y manque que par ce qu’elle montre.

J’envisage sérieusement, pour sortir de l’impasse, d’écumer les bouquinistes pour tenter d’y retrouver, si ce n’est le temps perdu, du moins le livre manquant, dussé-je l’acquérir à prix d’or.

Joseph Danan

2 réflexions sur “Le livre des livres, de Joseph Danan

  1. Merci pour cette belle approche du livre et de la lecture en général.
    Cette recherche du livre perdu est aussi notre Madeleine à tous.

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