Le fauteuil centenaire, de Monique Bouzou

S’asseoir. C’est simple comme sur ce fauteuil centenaire. Je l’ai toujours connu chez mes grands-parents maternels, ils en avaient hérité d’un membre de leur famille. Ne sachant pas de quel côté de mon arbre généalogique il est issu, je lui invente des occupants, ancêtres que je n’ai vus que posés et si élégants sur des photographies d’un temps passé et lointain.

Après le décès de mes grands-parents, c’est ma tante qui a repris le flambeau de conservation de ce souvenir. Et puis le voici chez moi aujourd’hui. Il avait tellement vieilli qu’il fallut lui refaire une jeunesse, le siège lui-même paré d’une nouvelle étoffe.

De bois sombre chevillé à l’ancienne, ses dimensions sont peu communes, très bas de pieds et néanmoins assez large pour ce genre de meuble. La galette est mince, les accoudoirs sont assez hauts, il n’est pour le moins pas très confortable et plutôt fragile. Il a remplacé devant une fenêtre du salon, mon fauteuil « Bridge » authentique, lui aussi, une pièce unique pour moi, qui me vient, avec sa table du même nom, de mon Oncle Louis.

Ce fauteuil souvenir m’est devenu indispensable. Lui redonnant une nouvelle utilité, je m’y assoie quotidiennement pour communiquer avec le monde sur mon « doudou moderne connecté » (1).

Je me demande où il pouvait être placé à une époque où les meubles avaient une fonction bien précise : lecture, couture, repos au coin du feu, ou bien dans une chambre ? Peu importe, il est à la fois rustique et élégant. Sans doute a-t-il aussi connu des éclairages sommaires, bougie ou lampe à huile ? C’est un petit fauteuil mystérieux qui a résisté à l’usure du temps, une mémoire de jadis chargée d’histoire, celle d’une partie de ma famille. Je le considère comme un précieux trésor.

S’il fallait garder un objet, meuble en l’occurrence, de ceux que j’aime plus que tout au monde, ce serait ce fauteuil. Cela ne s’explique guère pour autrui peut-être. Inanimé certes, mais porteur, sans doute, d’une petite âme pour moi, ce sentiment si bien exprimé par Alphonse de Lamartine dans son recueil des Harmonies poétiques et religieuses : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

(1) : le smartphone, voir ici : https://objetsdefamille.wordpress.com/2014/10/18/le-nounours-par-monique-bouzou/

Monique Bouzou

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