Le nouj’, de Brigitte Mouchel

le petit nom de l’ours jaune

petite, le trouve dans le tiroir du haut de la commode — elle avait donc grandi

l’adopte — ne saura jamais à quel enfant il avait été offert, ni pourquoi dans le tiroir

ne le nomme pas

il est un ours — jaune — le sien

il veille

« Viens ici… et mets tes petits bras, là, tout autour de mon cou… on ne pourra peut-être pas les dénouer… nous n’avons pas d’autre défense… » (1)

gris maintenant — quand on met le nez contre son ventre, tout contre, on se souvient

la tête recousue comme elle peut — les larmes

un rapiéçage au bout d’une patte

il est là — échappé

« Ils sont très exactement 23, presque tous afghans. Trois jeunes enfants avancent bravement. L’un d’eux n’a pas 4 ans et serre contre lui un ours en peluche protégé par un sac transparent. » (2)

il importe

(1) extrait de La mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck

(2) extrait du journal Libération, 16 décembre 2020

Brigitte Mouchel

http://brigittemouchel.ultra-book.com/

2 réflexions sur “Le nouj’, de Brigitte Mouchel

  1. Merci infiniment pour ce texte sensible et poétique, qui va droit au cœur et touche à l’essentiel. Il m’a rappelé ce mot si juste d’Ernst Wiechert dans « Missa sine nomine » : « Les enfants sauvent toujours ce qu’il y a de plus important dans un incendie ou un exode. »

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