Robe de deuil, par Anna Gangloff

 Tu es partie et tes robes sont dans l’armoire. La seule fois, maman, où tu me fais faux-bond.

Tant de robes pour tisser une vie de femme. Des robes un peu vieillottes, un peu fanées, qui sentent la naphtaline. Des robes seules à jamais, des robes mortes, qui finiront en poussière.

Tu ne revêtiras plus la robe fraîche des matins, celle qui embaumait la lavande, et qui s’accordait si bien à ton sourire. Tu les as abandonnées dans ce monde qui n’est plus le tien, livrées au hasard des mains étrangères, exilées hors de ton corps et de sa douceur.

Tu ne rassembleras plus les plis de ta jupe sur ces genoux ronds contre lesquels j’aimais venir me blottir quand j’étais petite. J’y attendais, confiante, le bonheur de tes caresses.

Tu as laissé cette robe bleu marine qui faisait concurrence au bleu infini de tes yeux. Cette robe qui te couvrait d’embruns et de mystère à la lampe du soir.

Que ferai-je de toutes ces robes perdues, de toute cette vie qui y est encore attachée ?

Tu les faisais danser, chacune à sa manière, battant sourdement tes mollets, s’envolant au gré de tes humeurs. Furieuses parfois, dans un envol souverain, légères et capricieuses au gré du vent et de tes rires.

L’ombre ne dessinera plus le profil de ta petite robe noire et ce pli à la taille qui te rendait si vulnérable et si tendre à la fois.

Anna Gangloff

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