PLACARDS PLACARDS PLACARDS, par Jacques Dubrulle

Deux portes ferment 80 X 50 X 25 cm de plaqué blanc mat aux poignées jaune-orangé en arc de cercle. Étagères jumelles à l’intérieur.

J’ouvre, il est là, à gauche et en haut, mon petit breton à biniou ornant le pot à eau, amené de Morgat avec mon épouse il y a des décennies. Adopté d’emblée à l’époque et toujours en service.

 Derrière, confinés, deux frères pâlots, bols blancs à mignonnes poignées (mon dieu pour quoi faire ?) Ils ne servent à rien et font la gueule en permanence, j’aime bien quand même, les tapote au couteau, ding ding ! Double sourire.

Devant eux, six petits pots à crème, cannelés, couleur caramel. Pots à crise lorsque l’envie irrésistible me prend d’un entremet à la vanille. Ils adorent la rigolade, empilés de guingois, s’appuyant au fond.

 Six tasses à café et leurs soucoupes s’étendent vers la droite. De service en cas d’afflux de visiteurs. Décorées de roses effeuillées qui ne fanent jamais. En céramique second choix de Sarreguemines, ramenées du marché un jour de folie dépensière.

 En bas, repartant de la droite, cinq verres à eau ordinaires, sans pied, sur cul bien assis, alignés sagement en profondeur. Des bons gars, acceptant tout : eau, vin, cidre, jus d’orange, bière. J’en passe probablement. Jamais un mot plus haut que l’autre. Je les utilise tour à tour depuis qu’un des leurs, un peu oublié c’est vrai, m’a échappé des mains, rancunier, pour aller se briser sur le carrelage froid et dur de la cuisine.

 À leur côté et occupant l’espace restant, un set de table en plastique bariolé, supporte calmement un aimable foutoir : une louche à potage un peu chapardeuse, il lui arrive de retenir un fragment de poireau cuit. Je l’abandonne par bonté d’âme et tapote de l’ongle pour qu’elle le sache, je ne suis pas dupe ma chère ! Un presse-purée métallique oppressant à ses côtés. Larges fesses, cherche toujours à s’imposer. Et encore une palette en bois au son mat, diplomate en diable, se gardant bien d’égratigner les fonds de poêle ou de casserole.

Le reste est à démêler : une écumoire de plastique noir, une amie vraiment, ne retient que le meilleur et me l’abandonne sauf l’écume. Au fond, un grand couteau à viande au manche noir, un brin sinistre. Pourquoi est-il là ? Mes autres couteaux sont rangés ailleurs, alors quoi ? Jamais utilisé, l’agent de sécurité du placard ? Peut-être. Et enfin, coincé là avec les tasses, une boîte de sachets de thé vert prêts au sacrifice rituel.

Le placard affiche complet, d’autres sont à la tâche.

À part le pot breton de Morgat, antiquité de vacances, je ne sais plus d’où vient le reste, de loin probablement, du déluge, oui, cela me revient, du déluge, Noé avait organisé un vide-nef après les quarante jours.

 Jacques Dubrulle, mai 2021          

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s