La guirlande de Noël d’Anne Poiré

Scintillante, lumineuse, colorée, elle clignote dans mes souvenirs, star de tous nos sapins de Noël. Maman se remémorait encore parfaitement il y a peu le magasin où elle l’avait dénichée, jeune femme. Était-ce à Thionville ? Elle devait valoir cher : Élisabeth a fait plusieurs fois le tour du quartier, songeuse, hésitante, avant de revenir sur ses pas. Impossible de résister à l’appel de la clarté et de la beauté, tant pis s’il fallait économiser pour cela dans d’autres domaines, nettement moins vitaux. « Avec papa, nous étions si heureux ! »Des lanternes décoratives, utiles surtout, il y en avait, dans la maison de mes parents. Dès l’accueil, on était reçu par une applique extérieure, en fer forgé, dont les parois étaient composées d’un vitrail artistique, au motif assez sobre de tulipes art-déco, de verre cerclé de plomb. D’autres lampes recevaient les visiteurs, même une que je n’aimais guère et dont j’ai déjà parlé dans ce musée, et d’autres, toutes sur le même modèle, finalement, suspensions de métal noir, éclairant les passages, couloirs du haut, celui du bas. C’est en vidant la maison que j’ai pris conscience de la quantité de luminaires, lanternes de Diogène, éclairages de petit Poucet réverbérant caillou à galet, silex, gravier, mon passé de friable roc.

La forme devait leur plaire ou bien était-ce un effet de mode ? Cette guirlande électrique d’un tout autre usage est restée, vaillante, avec ses impeccables facettes, auréolées de blanc opalescent, de rubis profond, de bleu concurrençant le ciel, de vert franc, tirant sur l’émeraude, de jaune d’or s’épanouissant jusqu’à l’orangé. Même lorsque la mode des sapins plus sobres, moins polychromes, a gangréné le salon familial, cette guirlande est restée, vaillante. Elle a continué à être sortie délicatement chaque année des cartons. L’apparent bronze doré et le verre – de pur plastique – ont su résister aux générations d’enfants – sept – puis de petits-enfants, enfin d’arrière-petits-enfants, malgré l’excitation des soirs de fête, moments où nous garnissions, de façon parfois fiévreuse, ensemble le sapin. Depuis quelques dizaines d’années, déjà, la partie électrique ne fonctionne plus. Maman a toutefois conservé cette si historique et attachante guirlande : « Avoue qu’elle est vraiment belle ! » Nous l’avons encore exhibée, jusqu’à la dernière fête partagée à Ay-sur-Moselle. Avant de partir en maison de retraite, maman a collé dessus un post-it. Elle a écrit : « Très précieux, à garder », de son écriture si typique, et je n’ai pas hésité quand je l’ai retrouvée. J’avais juste peur qu’elle ait disparu avant que je ne mette la main sur ce trésor ! Les lanternes miroitantes protègent, désormais, nos jours comme nos nuits, au cœur de notre pièce principale, douze mois sur douze. La guirlande n’attend plus décembre pour jaillir de son emballage. Elle prend à tout moment la lumière, suspendue à la fenêtre. Elle veille. À la plus petite étincelle de soleil, elle s’allume, dorénavant solaire à sa façon. Elle prend garde de m’apporter éclat et luminosité, et de me réconforter. Les délices de l’enfance nous accompagnent à vie. Émerveillements impossibles à traduire avec les mots communs, cet irremplaçable objet – flamboyant, pétillant, chatoyant – capte le moindre rayon, il me renvoie ainsi aux mille et un éblouissements de mes jeunes années.


Anne Poiré

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