Le carnet de notes furtives, de Marie-Yvonne Hamet-Le Cam

 Un carnet peut être banal mais celui-ci, en plus d’être un cadeau d’un de mes enfants, est particulièrement précieux et fragile. Il est réalisé artisanalement. Sa couverture est recouverte de feuilles de tilleul séchées et collées. Les tons ocre jaune et ocre rouge s’harmonisent autour d’un cercle. Ce rond semblable à un petit oculus me rappelle les moucharabiés du Maghreb, mon pays natal. Il est en matière végétale déshydratée, des fibres tissées qui laissent des jours comme sur un canevas à broder. Une fine cordelette ocre doré en délimite le pourtour. Deux autres fleurs en raphia beige décorent cette couverture. Chacune d’elle est reliée par un fil de jute torsadé, collé, formant des volutes symétriques. La reliure est réalisée avec un morceau de roseau fixé par des brins de raphia entrecroisés. Quelle merveille ce bijou végétal, si minutieusement travaillé, si fin, si délicat ! Les pages de ce joli carnet sont en papier recyclé. Elles sont épaisses, elles ressemblent aux buvards que j’utilisais à l’école primaire. Pour pouvoir garder la lisibilité des notes, mieux vaut écrire avec des crayons secs.

Lorsque que j’ai reçu ce cadeau, une phrase a tracé en moi un chemin d’écriture. Mon fils avait écrit : « Ce carnet pour toi, pour des prises de notes dans le vent ou pour des pensées furtives ».  À cette période de ma vie, les difficultés s’accumulaient et j’avais grand besoin d’évasion et de réflexion pour rester en équilibre. J’étais fragilisée. Mon fils l’avait compris. C’est émouvant comme les enfants comprennent les choses sans qu’on leur dise. J’ai utilisé ce carnet comme mon fils me le proposait. Noter sur le papier mes pensées ou des phrases à méditer me soulageait et me guidait.

J’utilisais des couleurs différentes pour mes pensées du moment. Aujourd’hui en feuilletant ce carnet, je vois les couleurs. Le rouge, le violet, le vert, le gris, le marron, toutes ces nuances reflétaient mes différents états d’âme. J’écrivais certaines phrases en appuyant sur le crayon pour qu’elles deviennent réalité.

Ça fait longtemps que je n’ai pas relu mes pensées. Elles ont plus d’une vingtaine d’années. Je me rends compte que certaines sont toujours à méditer, par exemple la dernière phrase : « être au bon endroit au bon moment, pour moi, pour mes proches et pour les autres ». Tout un programme !

C’est fou la force que me donne ce petit carnet tout fragile.

Marie-Yvonne Hamet-Le Cam

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