L’œuf chinois, de Pascale Maret

Je crois – mais mes souvenirs sont un peu confus– que c’est le premier objet que tu m’as offert. J’avais dix-sept ans, toi dix-neuf, et Clermont-Ferrand, dans les années 70, n’offrait guère d’échappées exotiques. Ce petit œuf chinois– peint à la main ! – posé sur son lit de satin bleu pâle et protégé par une petite cage de verre avait un parfum d’ailleurs qui m’a enchantée.

 C’était une babiole de pas grand-chose, autant sur le plan esthétique que pécuniaire, et je n’y ai pas attaché non plus une extrême valeur sentimentale, mais force est de constater qu’après quarante-cinq ans et de nombreux déménagements aux quatre coins du monde il est toujours là, discrètement posé sur une étagère de la bibliothèque.

La cage de verre qui l’isolait des chocs a disparu, le satin bleu a jauni, mais il est miraculeusement resté intact malgré sa fragilité. Sa capacité à résister aux aléas de l’existence alors que tant d’autres objets plus solides et plus précieux ont été jetés par-dessus bord ou se sont perdus en route me surprend et m’émeut. Il est un peu comme un animal obstiné et fidèle que ni les taloches, ni la vie errante ne découragent d’accompagner un maître dans ses vagabondages.

Je regarde la frêle coquille où la jeune fille en bleu continue à rêver sous son arbre, et j’y vois aussi – de façon sans doute trop facile et sentimentale– un symbole évident de notre amour.

Pascale Maret

www.pascalemaret.fr

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