Le câble et le rubanneur, par Gérard Chatin

De la machine à l’homme.

Dans cet immense lieu, les machines sont partout. Elles sont de différentes espèces et souvent inconnues de l’extérieur, elles sont présentes et même plus, elles règnent, sur ce territoire qui est le leur, que l’on a fait leur.

Les ateliers sont différents les uns des autres. Là, on extrude des gaines de PVC ou d’autres produits plus méconnus, là on assemble des fils de cuivre argenté, étamé (recouvert d’étain) parfois, ou non ; là on blinde, des câbles de tresses d’acier, de cuivre encore une fois argenté ou étamé, ou encore de kevlar ; là on enrubanne de téflon du fil de cuivre argenté ou étamé selon les cas ce qui est une autre forme d’isolation que l’extrusion dont il est question auparavant.

Il y a d’autres lieux, où l’on contrôle les câbles et où l’on prépare leur expédition vers des horizons du monde entier. Des utilisations aussi diverses que nos avions, nos fusées et satellites, nos bateaux, nos voitures, nos ordinateurs, nos téléphones, leurs lignes…. FILECA ne fait pratiquement que des câbles spéciaux, certains ne seront fabriqués qu’une fois.

Et l’humain dans tout cela, où est-il ?

Mais si ces machines envahissent l’espace de leur impressionnante puissance et stature, parfois de leur étrangeté, les femmes et les hommes sont essentiels à la réalisation des opérations de fabrication d’un câble. D’abord, que seraient ces machines sans l’humain pour les maîtriser, simplement appuyer sur le bouton de mise en marche? Quand les femmes et les hommes décident de s’arrêter tous ensemble (la grève),  la machine n’est plus, la machine n’est plus rien, elle est inerte.

Le rôle le plus évident des femmes et des hommes, à peu près égaux en nombre, qui travaillent dans les ateliers en équipe (2X8 ou 3X8) est de surveiller leur machine. De voir si la fabrication correspond à la demande du client reproduite en procédure par le service méthode pour ses données techniques, nécessairement précises. C’est ainsi qu’un câble peut être gâché, loupé, aller aux déchets parce que la température de cuisson de son ruban est trop élevée, de même pour une gaine PVC. L’ouvrier est indispensable à cette surveillance qui doit être d’égale attention durant ses 8 heures continues de poste. Il est aussi indispensable au bon réglage de cette machine. Son travail, il l’aime et souhaite le présenter de la façon la plus aboutie possible, malgré les contraintes de chaleur, de conditions de travail pas toujours faciles, les mauvaises odeurs de produits parfois toxiques, le poids des tourets de câbles et des produits à porter.

Le ruban qui est posé sur le câble nécessite une précision que l’on ne soupçonne pas, c’est au 1/10 de millimètre que le ruban est préparé, découpé. Alors qu’il arrive sur des couronnes larges de plusieurs dizaines de centimètres, il sera travaillé en bande de quelques millimètres très variables et très étudiées. Là encore dans cet atelier isolé des poussières ambiantes, la précision ne peut être acquise que par la volonté et que sous le contrôle de l’ouvrier rubanneur. Ce n’est pas la machine qui fait, elle n’est que l’outil de l’humain.

Il y a aussi ces PVC, dans un autre atelier, l’extrusion. Là, parfois, on étuve des grains de PVC ou autres chlorures avant de les mettre dans la trémie qui conduit à la vis sans fin qui amène à la tête ‘extrusion où passe le câble à gainer. Ce temps d’étuvage est entièrement maîtrisé, suivi par l’homme, évalué par lui, comme le ferait un boulanger pour son pain. La température de la tête d’extrusion est ajustée par l’ouvrier, contrôlée par lui.

La qualité est l’objectif premier pour toutes ces opérations, de ces femmes, ces hommes qui aiment ces machines. Il y a même une certaine complicité qui s’établit avec elles, ils n’aiment pas en changer. Ils râlent souvent quand cela se présente.

Ils les maintiennent en vie, elles sont une partie de leur vie et ils le savent. Tous les jours, en fin de journée en tout cas, ils font un certain nombre de gestes pour l’entretien de leur machine, entre les fabrications également….. Un peu d’huile, juste ce qu’il faut ; un coup de soufflette, d’aspirateur ou de chiffon… Il faut garder propre et préserver l’outil de travail, tradition ouvrière oblige, elle est dans tous les esprits. Le vendredi soir, avant c’était le samedi, l’équipe en place qui va finir la semaine passe au moins la dernière heure à nettoyer l’espace de travail, sa partie d’atelier, sa machine. Comme si elles devaient, les machines, être prêtes pour le Dimanche qui vient. Mais non ce n’est pas pour le week-end qu’elles sont faites belles mais pour une nouvelle semaine de travail, la prochaine.

La machine sans l’homme n’est rien, sans ces femmes et ces hommes qui lui laissent plus qu’on ne croit. S’il y a erreur humaine, la machine ne pardonne pas, l’accident peut être grave. Pourtant, l’humain reste supérieur à la machine qui n’est que sa création. Ces êtres qui font tourner les machines inscrivent leur travail dans notre quotidien par leur production.

 

 

 

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2 réflexions sur “Le câble et le rubanneur, par Gérard Chatin

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