Un Objet Non Identifié ? par Lydia Padellec

Brimborion posé sur l’étagère de ma bibliothèque, cet ONI (objet non identifié) semble avoir été toujours là, me suivant dans mes déménagements successifs. Tout commence en 1984 quand ma famille quitte le petit appartement de la rue des Thermopyles du 14e – immeuble aujourd’hui détruit et remplacé par un jardin, pour venir habiter dans un joli pavillon des Yvelines. L’objet, jusqu’ici invisible, trônait parmi d’autres bibelots sur un buffet. Enfant, j’étais fascinée par ce noir laqué, lisse et brillant, et surtout par cet hippocampe ambré, ces coquillages et coraux minuscules prisonniers de la résine. Un paysage d’abysse. Un rêve insaisissable. Mon imagination me portait vers la Bretagne, le bord de mer, là où je passais mes vacances d’été. J’ignorais à quoi pouvait servir cet objet, et ce trou au sommet, de la profondeur d’un doigt adulte, trop petit pour accueillir un bouquet sauf peut-être constitué de pâquerettes ou de boutons d’or. 

Le jour où je pris mon envol, j’emportai avec moi ce « vase hippocampe » mystérieux. Il ne m’avait pas encore inspiré de poème – du moins pas de manière consciente. Ce n’est que récemment que je découvris son « identité » : dans les années 70, les supports de briquet de table étaient des objets décoratifs à la mode et très pratiques pour les fumeurs. On en aperçoit de temps en temps dans des scènes de films de cette époque. Le briquet rond noir, censé s’emboîter dans le support, a disparu depuis des lustres : mes parents avaient arrêté le tabac avec la naissance de ma petite sœur.

    Il y a quelques mois, j’ai rédigé un texte qui, avec ce que je viens d’écrire, prend une connotation particulière, mais sans doute n’est-ce qu’un hasard ? A vous d’en juger :

Au cœur des abysses

    Je m’enfonce. Des faisceaux lumineux me caressent la joue, à moins que ce soit un petit poisson ? Une main d’algue ? Le silence m’enveloppe. Apaisé. Un hippocampe s’approche doucement de moi. Si j’étais roi des océans, je partirais sur son dos pour découvrir le monde…  Je continue ma route vers les profondeurs. La nuit liquide à présent m’enlace. Fragile explorateur. Je m’atomise, aussi léger et minuscule qu’un plancton. Une particule d’étoile.

    Rejeté de la terre des hommes, accueilli au sein originel de la mer, moi l’enfant migrant.

Lydia Padellec

http://surlatraceduvent.blogspot.com/

2 réflexions sur “Un Objet Non Identifié ? par Lydia Padellec

  1. Ce goût de notre enfance pour ces objets fascinants que les adultes finiraient par jeter, si on ne les protégeait…

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